Jean-Jacques Lefranc, marquis de Pompignan

seigneur de Caïx et du Touron

Trois mille messes pour le repos de l’âme du testateur

Le 15 avril 1784, Jean-Jacques Lefranc, marquis de Pompignan, seigneur de Caïx et du Touron,

dicte son testament en son château de Caïx en Quercy devant Guilhou, notaire royal :

dangereusement malade quoique sain de ses sens ainsi qu’il a paru à nous,
notaire et témoins, nous a dit vouloir faire son testament

Après avoir recommandé son âme à Dieu selon l’usage, le marquis lègue à chacun de ses domestiques, servantes et cuisinier, un pécule et / ou une pension viagère. En outre, tous ses gens de maison – tant de Pompignan que de Caïx – devront être nourris pendant un mois après son décès « aux dépens de sa succession ». Les pauvres, de leur côté, se verront distribuer le jour du décès – là encore selon l’usage – une somme d’argent. Enfin et surtout, Lefranc de Pompignan nomme et institue son héritier universel et général « messire Jean George Louis Marie Lefranc de Pompignan », son fils, à la charge pour lui de « faire dire trois mille messes basses de requiem » pour le repos de son âme « dans l’an de son décès, savoir mille à Pompignan, mille à Caïx et mille au Touron ».

Dans le codicille établi cinq jours plus tard, le 20 avril, le marquis de Pompignan confie à son frère, archevêque de Vienne, la tâche de purger sa bibliothèque « de tout ce qui pourrait être contraire à la religion et aux bonnes mœurs » - d’où sans doute les 3000 messes - avant de la remettre à son fils héritier. Son secrétaire se voit également attribuer une pension viagère.

A peine six mois plus tard, Lefranc de Pompignan s'éteint en son château de Pompignan, le 1er nov. 1784.

Quelques éléments biographiques

Jean-Jacques Lefranc, dit de Pompignan, est né le 10 août 1709 à Cahors. Après des études à Paris au Collège Louis-le-Grand, J.-J. Lefranc fut avocat général près la Cour des aides de Montauban, avant de succéder à son père dans les fonctions de président. Il mena la campagne de diffamation contre l'intendant de Montauban, Lescalopier, accusé d'irrégularités budgétaires et dont il finit par obtenir le déplacement. En 1745, il fut nommé conseiller d'honneur au Parlement de Toulouse, mais, s'étant attiré les réprimandes du pouvoir royal pour une harangue contre les abus, il démissionna peu après pour se consacrer exclusivement à la littérature.

Lefranc de Pompignan étonne par la diversité de ses écrits. Odes, poésies sacrées et profanes, épîtres, traduction des Géorgiques, ouvrages en prose lui ouvrent, après les portes de l'Académie des Jeux floraux (1740), celles de l'Académie française (1759). Il passe pour être le fondateur (1730) de la Société littéraire (de Montauban) qui deviendra, par lettre patente de Louis XV du 19 juillet 1744, l'Académie de Montauban ou "Société des sciences, belles-lettres et arts de Tarn-et-Garonne".

Ce grand bibliophile, partageant sa vie entre Pompignan (Tarn-et-Garonne) et Caïx (commune de Luzech), fit l’acquisition pour sa collection quelques 26 000 volumes dont 1500 partitions musicales : ce fonds est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque de Toulouse. Il se passionna par ailleurs pour la gestion de ses domaines, tentant d’introduire de meilleures ou de nouvelles techniques agraires.

Pour aller plus loin

Les articles de Jacques Carral parus dans le Bulletin de la Société des études du Lot

  • « Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, érudit et philanthrope », Bull. SEL, tome 139, 1er fascicule de 2018, p. 51-65 (AD du Lot : 3 PER 37/139).

  • « Les tourments de la paternité. Dialogue épistolaire entre le marquis de Mirabeau et le marquis de Pompignan », Bull. SEL, tome, tome 140, 4e fascicule de 2019, p. 273-299 (AD du Lot : 3 PER 37/140).

  • « Jean-Jacques Lefranc de Pompignan citoyen », Bull. SEL, tome 143, 3e fascicule de 2022, p. 251-264 (AD du Lot : 3 PER 37/143).

  • « Confidences épistolaires à son ami Pierre Enlart de Granval (de 1726 à 1777) », Bull. SEL, tome, tome 147, 2e fascicule de 2026, p. 129-145 (AD du Lot : 3 PER 37/147).

Plus loin encore

Les études antérieures

  • Jean-Jacques Lefranc de Pompignan. Un homme de cultures au siècle des Lumières. Actes du colloque de Toulouse-Montauban-Pompignan 22-23 sep. 2006. Etudes réunies et présentées par Nathalie Dauvois, Ed. Eurédis, 2015. On peut lire la contribution de Jocelyne Deschaux « La bibliothèque de Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, d’après les fonds de la bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse » en ligne sur le site Rosalis Bibliothèque numérique de Toulouse : www.rosalis.bibliotheque.toulouse.fr

  • « Le parc à fabriques du château de Pompignan : une illustration de l’art des jardins dans le Midi de la France » par Yves et Marie-Françoise Cranga, Mémoires de la société archéologique du Midi de la France, tome 64, 2004, p. 179-201.

  • Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, un humaniste chrétien au siècle des Lumières par Guillaume Robichez, Paris, Ed. Sedes, 1987. Réédité par Eurédis en 2015.

  • Les fastes quercynois. Lefranc de Pompignan le poète de Caïx, 1709-1784. Chroniques et discours prononcés à l'occasion de l'inauguration du monument élevé à sa mémoire le 27 sep. 1925 à Luzech, Cahors, Imp. A. Bergon, 1926 (AD du Lot : BR 2/86).

  • Lefranc de Pompignan. Les succès, les audaces, les déboires d’un magistrat-poète quercynois par Eugène Grangié, Cahors, Imp. Coueslant, 1925 (AD du Lot : BR 4/22).

  • « Lefranc de Pompignan archéologue », Jules Momméja, Bulletin archéologique, historique et artistique de la société archéologique de Tarn-et-Garonne, 1924, p. 94-98.

Citons également la première étude de référence consacrée à l’homme de lettres et au juriste :

  • Jean-Jacques Lefranc, marquis de Pompignan. Poète et magistrat, Paris, Ed. Picard, 1913 par l’abbé François-Albert Duffo (docteur en droit, droit canonique et en théologie). Thèse rééditée par Eurédis en 2015.

Pour élargir le sujet

  • « Les origines des Lefranc de Pompignan (vers 1450-1540) » par Jean Lartigaut, Bulletin de la Société des études du Lot, tome 106, 1er fascicule de 1985, p. 19-30 (AD du Lot : 3 PER 37/106).

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