Le calendrier julien - le calendrier grégorien

La coupure de décembre 1582

Le calendrier julien

Le calendrier usité pendant tout le Moyen Age a été le calendrier julien, c’est-à-dire le calendrier romain réformé par Jules César en l’an 46 avant J.-C..

L’année y est réglée sur le cours du soleil, en supposant que celui-ci accomplit sa révolution apparente en 365 jours et environ un quart de jour. L’année « commune » compte donc 365 jours, et tous les quatre ans, pour tenir compte des fractions précédemment omises, on ajoute un jour (années bissextiles).

Chacun des 12 mois est divisé en trois sections inégales par les jours nommés les Kalendes (invariablement le 1er du mois), les Nones (le 5 ou le 7 suivant les mois) et les Ides (le 13 ou le 15 suivant que les nones tombent le 5 ou le 7).

Les autres jours du mois sont désignés par le nombre de jours qui les séparent des kalendes, des nones ou des ides. Il s’agit donc d’une numérotation rétrograde des jours : Xème  jour avant les kalendes …. 

Division des mois et numérotation rétrograde des jours, léguées par l’Antiquité, ont été en usage dans les actes publics pendant tout le Moyen Age, voire jusqu’à la fin du 16e siècle dans les actes publics écrits en latin.  

Mais on trouve aussi, dès une époque très ancienne, l’usage de compter les jours du mois comme nous le faisons, c’est-à-dire par quantième, directement et sans interruption depuis le commencement jusqu’à la fin.

La réforme du calendrier : le calendrier grégorien

Le calendrier romain s’appuyait sur l’hypothèse que le soleil met à revenir à un même point de son orbite 365 jours et un quart de jour. Or l’année solaire est en réalité plus courte. Cette différence qui ne porte que sur quelques millièmes avait apparemment semblé négligeable du temps de César.

Si petite que soit cette différence, elle devait produire à la longue du désordre dans le calendrier.

Les computistes du Moyen Age ne tardèrent pas à entrevoir le défaut du calendrier en usage, mais il fallut longtemps pour déterminer nettement l’erreur, et plus longtemps encore pour s’entendre sur les moyens d’y remédier.

Le pape Grégoire XIII réussit enfin à opérer la réforme de l’ancien calendrier, depuis si longtemps désirée, qu’il promulgue le 24 février 1582 par la bulle Inter gravissimas.

Il s’agissait de replacer l’équinoxe du printemps au 21 mars et de mieux coordonner la longueur de l’année civile avec celle de l’année astronomique.

En France,  l’application de la réforme eut lieu en décembre 1582 : le lendemain du dimanche 9 décembre fut considéré comme étant le lundi 20 décembre !

Tout cela pour chercher – par des artifices aussi ingénieux qu’inutiles – à se rapprocher du but vainement poursuivi par les computistes et impossible à atteindre : la coordination des  mouvements du soleil et de la lune.

Marier le soleil avec la lune …

Compustiste : ecclésiastique qui travaille à l'établissement du calendrier des fêtes mobiles.

Nommer et dater les jours

Depuis la seconde moitié du Ier siècle, les chrétiens utilisent une division du temps très ancienne, la semaine.

Les sept jours qui la composent rappellent par leur nombre et leurs noms, empruntés aux planètes et conservés presque tous dans la plupart des langues européennes, un système astronomique très ancien :

Dimanche : dies Dominica (jour du Seigneur). Ancien nom : Solis dies (jour du soleil). Allemand : Sonntag.
Lundi : Lunae dies (jour de la lune)
Mardi : Martis dies (jour de Mars)
Mercredi : Mercurii dies (jour de Mercure)
Jeudi : Jovis dies (jour de Jupiter )
Vendredi : Veneris dies (jour de Vénus)
Samedi : Sabbati dies (jour du Sabbat). Ancien nom : Saturnis dies (jour de Saturne). Anglais : Saturday.

Comme ces noms rappelaient le paganisme, on préférait désigner les jours par l’indication de leur rang dans la semaine, en commençant par le dimanche.

Très fréquemment par ailleurs, au lieu d’indiquer dans une date le mois et le quantième, on exprimait le jour de la semaine par rapport à une fête religieuse : tel document sera daté du vendredi après la Saint-Martin d’hiver et tel autre du mercredi après Pâques, de telle année.

Le Manuel de diplomatique d’Arthur GIRY (1894) permet, par une table chronologique, de déterminer la date exacte du document.

A noter

Les dates des jours sont ainsi très fréquemment indiquées dans les chartes par les fêtes de l’Eglise catholique.

Face aux fêtes fixes (Chandeleur, Noël, Assomption …), il existe dans le calendrier liturgique des fêtes mobiles : la plus importante – sur laquelle se fixent les autres (Rameaux, Carême, Pentecôte) – est la fête de Pâques.

Comput : ensemble des calculs visant à l’établissement du calendrier des fêtes mobiles ; par extension, l’ensemble des règles qui permettent de déterminer une date. Comput est le doublet savant de compte, emprunté au bas latin computus « calcul, compte », de computare : compter.

Eres et périodes chronologiques

Nous utilisons aujourd’hui l’ère chrétienne.

Elle a peu à peu supplanté tous les autres modes de supputation [supputation : calcul chronologique sur un calendrier], mais elle n’est pas la seule utilisée dans le monde (cf. l’Hégire, point de départ de la chronologie musulmane, c’est-à-dire le 16 juillet 622 de notre ère).

C'est seulement dans la première moitié du 6e siècle que l’ère chrétienne a été " inventée " et proposée comme moyen de compter les années par un moine de l’Eglise romaine, originaire de la Scythie, computiste et canoniste, nommé Denys le Petit (Dionysius exiguus), mort avant 556.

Denys le Petit a fixé au 25 décembre de l’an de Rome 753 la date de la naissance du Christ et fait coïncider l’an 1er de l’ère chrétienne avec l’an de Rome 754.

L’usage de désigner les années d’après ce système se propage peu à peu après la mort du moine Denys, d’abord en Italie, dans les actes privés. Ce n'est que sous le pontificat de Jean XIII (vers 968-970) que les lettres apostoliques commencent à porter la date de l’ère chrétienne.

En Gaule, elle apparaît pour la première fois au milieu du 7e siècle pour dater des capitulaires de Carloman et de Pépin, maires du palais ; mais il faut attendre plus d’un siècle encore pour la voir figurer à peu près régulièrement dans les diplômes des souverains.

L’emploi ne s’en généralise dans l’occident de l’Europe qu’après l’an mille, d’où le nom de millésime donné au chiffre qui sert à exprimer cette date.

On trouve les termes Olympiades, période de 4 années, et indiction, période de 15 années, dans certains documents du Moyen Age.

Olympiades

La supputation par Olympiades fut introduite en Grèce par l’historien Timée (352 – 256 avant J.-C.) ; il choisit de se baser, pour calculer le temps, sur les jeux olympiques ayant lieu tous les quatre ans et dont la liste des vainqueurs remontait à l’an 776 avant J.-C.

L’Olympiade était donc à la fois une ère (calculée à partir d’un point de départ) et une période chronologique de quatre années.

On exprime les dates d’après ce système en indiquant le chiffre de l’année de la période et le nombre des périodes. Par exemple, la 1re année de notre ère correspond à la 1re année de la 185e Olympiade.

Cette manière de supputer les années fut d’un usage courant en Orient et en Occident jusqu’au 4e siècle ; elle fut alors remplacée par le compte des indictions.

L’expression « olympiade », après avoir longtemps disparu, se retrouve dans quelques chartes du 10e et du 11e siècles mais avec un sens différent de celui qu’elle avait auparavant.

La seule notion qui subsiste est celle de période de quatre ans. Les clercs qui l’employaient alors ajoutaient à l’année du règne du souverain un chiffre d’Olympiades, c’est-à-dire le nombre de périodes de quatre ans que comprenait la durée du règne en question.

Indictions

L’indiction, dans l’empire romain, désigne le montant de l’impôt foncier dont l’assiette était révisée tous les quinze ans.

Le sens du mot indiction s’étend bientôt et désigne d’abord l’année financière et plus tard, la période de 15 ans comprise entre deux révisions des matrices cadastrales.

Plus tard encore, on imagine de se servir de cette période de 15 années dans les supputations chronologiques.

C’est au règne de Constantin qu’on fait généralement remonter cet emploi de l’indiction. Il est dans tous les cas certain que c’est sous son règne, en l’année 313 après J.-C., qu’a été fixé le point de départ du compte des indictions.

Au point de vue chronologique, les indictions sont donc des périodes conventionnelles de quinze années dont la première commence en l’an 313 après J.-C..

Mais,  à la différence de ce qui avait lieu pour les Olympiades, on n’exprimait jamais, en datant d’après ce système, le nombre de périodes écoulées depuis le commencement de la première, mais seulement le rang qu’occupait l’année dans la période.

De ce fait, cet élément chronologique sert moins à déterminer une date d’année de l’ère chrétienne qu’à la vérifier lorsque celle-ci est elle-même indiquée ou qu’on a pu la fixer à l’aide d’autres éléments (ans de règne ou autres concordances quelconques)

D’après Arthur GIRY,  Manuel de diplomatique, 1894.

A savoir

Abréviation commune des quatre mois de fin d’année, surtout employée au 19e siècle

7bre = septembre. Septem : 7e mois du calendrier julien en latin

8bre = octobre. Octo : 8e mois du même calendrier

9bre = novembre. Novem : 9e mois

Xbre = décembre. Decem : 10e mois.

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