Les styles : le commencement de l'année
Style de la Nativité - Style de l'Annonciation - Style de Pâques
On indique la façon de changer d’année par le mot « style ».
L’année romaine commence le 1er janvier. Pour le rapporter aux usages chrétiens, on nomme parfois ce style « style de la Circoncision ». Cet usage se perpétue dans certains pays et finit même par reprendre le pas sur tous les autres styles au milieu du 16e siècle.
Mais au Moyen-Age, les changements d’année les plus fréquemment utilisés étaient le 25 décembre (style de la Nativité), le 25 mars (style de l’Annonciation) ou le jour de Pâques (style de Pâques).
Pour dater (suivant notre style) les documents dont les millésimes sont exprimés d’après un de ces styles, il faut donc faire subir aux dates des corrections pour les ramener au « nouveau style » (souvent abrégé, dans les publications, en « n. st. »). Par exemple, un document daté du 25 janvier 1204 et dont on sait qu’il est daté suivant le style de l’Annonciation, correspond au 25 janvier 1205 (n. st.).
L’usage de ces styles a varié avec le temps et les régions et malheureusement, la formulation des documents indique rarement le style qui a été suivi. Quand il s’agit d’un registre tenu dans l’ordre chronologique, on arrive à en déterminer le style ; mais pour un document isolé, c’est évidemment plus difficile.
Le style de Noël
Le règne du style de Noël s’étendit jusqu’à la fin du 13e siècle, sans jamais être souverain [...] On trouve des attestations précoces d’utilisation, le plus souvent concurrente, d’un style de printemps.
Dans une période de transition qui couvre les 12e et 13e siècles, le style de l’Annonciation est à peu près sûrement établi dans de larges pans de la province de Reims, dans le Maine, en Lorraine, en Bourgogne.
Plus au sud, en Poitou, Saintonge, Angoumois, Limousin, Auvergne, Forez, Dauphiné, Languedoc, sans compter l’Aquitaine anglaise, l’Annonciation s’impose assez largement vers la fin du 13e siècle. […]
Il est employé à Agen en 1346, comme à Cahors en 1312 et 1314, et peut-être dès 1247-1248 (cf. S. Dobelmann). En Bas-Quercy, depuis le début du 14e siècle, les notaires de Montauban et de toute la région sont massivement fidèles au style de l’Annonciation (cf. R. Latouche ; Y. Dossat).
Celui-ci à la même époque est tout aussi solidement implanté en Rouergue, n’excluant pourtant pas de timides emplois du style de Noël ou du 1er janvier (cf. J. Delmas).
Le triomphe du 1er janvier
A compter du milieu du 14e siècle, on assiste à une véritable déferlante européenne du style de la Circoncision […] Le roi de France ne fait qu’emboîter le pas à d’autres souverains.
L’ordonnance de Charles IX de janvier 1564 fixe ainsi au 1er janvier, pour tout le royaume, le commencement de l’année.
L’article 39 prévoit que « en tous actes, registres, instumens, contactz, ordonnances, edicts, lettres tant patentes que missives et toute escripture privee, l’annee commence d’ores en avant et soit comptee du premier jour de ce moys de janvier ».
La grande chancellerie applique la réforme du style à compter du 1er janvier 1565, et le Parlement, implicitement, enregistre la mesure le 23 juillet 1566, changeant son propre style à compter du 1er janvier 1567.
Le Parlement de Dijon applique la mesure à compter du 1er janvier 1565, ceux de Toulouse et de Bordeaux s’y plient à l’occasion du voyage royal (respectivement les 10 janvier et 20 avril 1565).
En 1568, le 1er janvier était utilisé partout.
D’après Olivier GUYOTJEANNIN et Benoît-Michel TOCK « Les styles de changement du millésime dans les actes français (XIe-XVIe siècles)», BEC (Bibliothèque de l’école des chartes), tome 157, janvier-juin 1999.
"Stile" ou "Stille" désigne, entre autre, fin du 14e siècle un poinçon pour écrire et plus largement tout objet en forme de tige pointue.
Par extension le mot s'applique à partir de la seconde moitié du 16e à la tige dont l'ombre portée sur un cadran solaire indique l'heure.
Style sert à définir à partir du milieu du 15e siècle la manière de fixer le début de l'année.
Bibliographie : les bases
GIRY Arthur, Manuel de diplomatique : diplômes et chartes ; chronologie technique ; éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes ; les chancelleries ; les actes privées. Paris : Hachette, 1894, 944 pages.
O. GUYOTJEANNIN et B.-M. TOCK, « Les styles de changement du millésime dans les actes français (XIe-XVIe siècles) », BEC (Bibliothèque de l’école des Chartes. Revue d’érudition de la société de l’école des Chartes) tome 157 : Construire le temps. Normes et usages chronologiques au Moyen-Age, janvier-juin 1999.
DOBELMANN Suzanne, « Le style en usage à Cahors au Moyen Age », Annales du Midi, tome 52, 1940, p. 342-344.
DOSSAT Yves, « La question du style du 1er avril dans le Quercy », Annales du Midi, tome 54/55, 1942-1943, p. 418-421.
DOSSAT Yves, « Les registres de notaires de Bioule (Tarn-et-Garonne) et la diplomatique notariale dans le Bas-Quercy au XIVe siècle », Bulletin philologique et historique, 1953-1954 (Actes du 78e Congrès national des sociétés savantes) p. 201-219.
LATOUCHE Robert, « Le style en usage dans la région montalbanaise pendant le XIVe et le XVIe siècles », Annales du Midi, tome 24, 1912, p. 231-235.
Et un peu plus loin
DELMAS Jean, « Les styles en usage dans le Rouergue (style de l’Annonciation, styles de la Circoncision ou du 1er janvier … indictions », Archives notariales de l’Aveyron. Répertoire numérique de la sous-série 3 E, Rodez, Archives départementales 1981, p. 40-42.
DOSSAT Yves, « Du début de l’année en Languedoc au Moyen Age », Annales du Midi, tome 54/55, 1942-1943, p. 520-529.
HIGOUNET Charles, Le comté de Comminges de ses origines à son annexion à la couronne, Toulouse/Paris, Privat/Didier, 1949 (Bibliothèque méridionale, 2e série, tome 32) ; réimpression à Saint-Gaudens en 1984, p. LI-LX.
HIGOUNET Charles, « Le style du 1er avril à Toulouse aux XIIe et XIIIe siècles », Annales du Midi, tome 49, 1937, p. 153-177.
HIGOUNET Charles, « Le style pisan, son emploi, sa diffusion géographique », Le Moyen Age (bulletin mensuel d’histoire et de philologie) tome 58, 1952, p. 32-42.